The road to hatred, premier paragraphe.

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The road to hatred, premier paragraphe.

Message par Maurizio Valdovinos le Sam 10 Aoû 2013 - 17:34

Le conteneur oscillait tandis que la grue transportait jusqu'au bateau. Comme s'il flottait dans l'air. Le spider, le mécanisme qui les reliait, ne parvenait pas à dompter les mouvement. Soudain, les portes mal fermées s'ouvrirent et des dizaines de corps tombèrent. On aurait dis des mannequins. Mais lorsqu'ils heurtaient le sol, les têtes se brisaient bien comme des crânes. Des hommes et des femmes tombaient du conteneur. Quelques adolescents aussi. Morts. Congelés, recroquevillés sur eux mêmes, les uns sur les autres. Alignés comme meurent jamais. Ces corps dont les imaginations les plus débridées prétendaient qu'ils étaient cuisinés dans les restaurants, enterrés par les champs près des usines ou jetés en mer. Ils étaient là et s'échappaient par dizaines du conteneur, leurs nom inscrit sur un carton attaché autour du cou par une ficelle. Ils avaient tous mis de côté la somme nécessaire pour se faire enterrer chez une cargaison évanéscente. Comme si il n'y avait rien eu. Une évaporation. La marchandise doit parvenir entre les mains de l'acheteur sans laisser de trace de son parcours. Elle doit rejoindre son entrepôt, vite, immédiatement, avant que le temps reprenne son cours, le temps nécessaire à un éventuel contrôle. Des quintaux de marchandises qui circulent aussi facilement qu'un pli livré à domicile par le facteur. Dans le port, avec ses un million trois cent trente-six mille mètres carrés et ses onze kilomètres et demi de longueur le temps se dilate d'une façon inédite. Ce qui pourrait prendre une heure à l'exterieur semble y durer à peine plus d'une minute. Les premiers contrôles douaniers surviennent dans un laps de temps que les marchandises chinoises prennent de vitesse; Impitoyablement rapides. Ici, chaque minute semble annihilée, c'est un massacre de minutes, de seconds volées aux formalités, poursuivies, par les accélérations des camions, tirés par les grues, emportées par les chariots élévateurs qui vident les entrailles des conteneurs.

Le port est à l'écart de la ville, un appendice toujours présent dans l'abdomen de la côte dont l'infection n'a jamais provoqué de péritonite. Certaines zones désertes sont coincées entre la terre et la mer mais semblent n'appartenir ni à l'une ni à l'autre. Un espace amphibie, une mutation aquatique. De la terre battue et des ordures : des années de déchets poussés vers la rive par les marées ont formé une nouvelle couche. Les bateaux vident leurs latrines et nettoient leurs soutes, laissant couler dans l'eau une mousse jaune. On répare les hors-bords et les yachts, on purge leurs moteurs jetant tout dans la poubelle marine. Et tout se concentre sur la côté, formant d'abord une masse molle qui pour une croute dure. Le soleil fait apparaître, tel un mirage une mer faite d'eau mais en réalité la surface du golfe est aussi brillante que des sacs-poubelle en plastique noir. La mer ressemble à une immense baignoire remplie d'hydrocarbures, non d'eau, et bordée par le quai couvert de milliers de conteneurs multicolores telle une barrière infranchissable. San Miguel est entourée par une muraille de marchandises, des remparts qui ne protègent pas la ville : c'est au contraire la ville qui défend ses remparts. Nulle part on n'aperçoit les bataillons des dockers, ni la pittoresque populace des ports. On imagine le port comme un lieu bruyant, envahi, par des foules frénétiques, par le va-et-vient d'hommes cousus de cicatrices et parlant des langues improbables; C'est au contraire le silence d'une usine automatisée qui pèse sur le port, il ne semble plus y avoir personne, et les conteneurs, les bateaux sonner et les camions semblent animés par un mouvement perpétuel. Une vitesse qui ne fais aucun bruit.

Le port j'y allais pour manger du poisson. La proximité de la mer ne garantit pas qu'un restaurant soit bon - on trouvait parfois son assiette des pierres ponces, du sable, voire quelques algues bouillies. Les palourdes finissaient, sans la casserole comme elles avaient été pêchées. Une garantie de fraîcheur et une véritable roulette russe aux infections. Mais désormais tout le monde s'est fait aux fruits de mer d'élevage aux calamars qui ont un goût de poulet. Pour obtenir cette indéfinissable saveur de mer, il faut être prêt à prendre quelques risques. Des risques que je courais volontiers. Un jour où j'étais au restaurant du port, j'ai demandé si y avait un logement à louer dans le coin après avoir été isolé de mon ancienne vie par des ripoux, sa j'en reparlerais, mais plus tard.
"Aucune idée. Ici les appartements disparaissent, comme des petits pains"
Un type qui trônait au milieu de la pièce - plutôt costaud mais moins que suggérait sa voix - m'a hurlé en me lançant un coup d'oeil :
"Y a peur-être encore quelque chose!"
Il n'a rien dit d'autre. Après que nous eûmes tous deux fini notre déjeuner, il n'a pas eu besoin de m'inviter à le suivre, nous avons pris la route qui longe le port. Nous sommes arrivées dans l'entrée d'une construction fantomatique, un immeuble dortoir. Nous sommes montés au troisième étage, où se trouvaient les dernières chambres pour étudiants disponible. Les appartements devaient être vides : pas d'armoires, pas de lits pas de chevets, rien aux murs et plus de murs du tout. Seulement de l'espace, de l'espace pour les paquets, pour les énormes armoires en carton pour les marchandises.
Dans l'appartement, on m'a attribué une sorte de chambre, plutôt un débarras juste assez grand pour un lit et une armoire. Il n'a pas été question de loyer, de factures d'eau et d'électricité à partager, de connexion Internet et de ligne téléphonique.

Deux jours, après mon arrivé. J'ai assisté aux funérailles d'Esteban un type que je connaissais bien des temps de l'ancienne guerres des quartiers bleus. Sous certaines latitudes, quinze ans, est juste un âge comme un autre. Crever à quinze ans dans cette banlieue, c'était subir une condamnation à mort pas seulement perdre la vie. Une foule immense d'adolescents aux visages fermés avait rempli l'église de temps en temps ils lançaient des cris ou, à l'extérieur scandaient tous ensemble : "Tou-jours dans nos coeurs, tu seras toujours dans nos coeurs…", comme des supporteurs de football lorsqu'une veille gloire raccroche les crampons. On aurait dit qu'ils étaient au stade mais c'étaient seulement des chants de colère. Tout autour des policiers en civil veillaient à se tenir à l'écart des travées. Tout le monde les avait reconnus mais l'heure n'était pas l'affrontement. Dans l'église je l'ai immédiatement repérés, ou plutôt eux m'ont repéré, ne trouvant pas de trace de mon visage dans leurs archives mentales. Faisant écho à mes sombres pensées, l'un d'eux s'est approché de moi : "Ici ils ont tous un casier: Deal, vol, recel, braquage et même prostitution : personne n'est propre. Plus il en meurt, mieux ça vaut pour tout le monde…", m'a-t-il dit.
Des paroles auxquelles on répond par un crochet du droit ou par un coup de boule sur le nez. Mais au fond c'était l'opinion générale, peut-être même la voix de la sagesse. J'observais un à un ces gamins qui prendraient perpette pour un braquage à deux cents dollars - la lie de l'humanité, des mois que rien, des dealers. Le père Mauro, qui célébrait la messe, savait qui il avait en face de lui. Il savait que ces adolescents étaient tout sauf innocents, j'avais l'impression de me revoir dans leurs visages.
"Ce n'est pas un héros qui est mort aujourd'hui…"
Il n'ouvrait pas les mains comme les prêtes qui lisent les paraboles le dimanche. Il serrait les poings. Les accents n'étaient pas ceux d'une homélie. Quand il s'est mis à parler, sa voix était altérée, étrangement rauque, comme lorsqu'on parle après avoir trop longtemps ruminé certaines phrases. Il s'exprimait d'un ton rageur, ne montrait aucune peine pour le garçon et ne rejetait pas la faute sur autrui.
On aurait cru un de ces prêtres latino-américains, que je connais tant, à l'époque de la guerre civile au Salvador ceux qui n'en pouvaient plus de célébrer des funérailles après les massacres, cessaient de compatir et se mettaient à hurler. Mais ici personne ne connaissait le cardinal Valdez. Le père Mauro fit preuve d'une rare énergie : "Esteban a certes sa part de responsabilités, mais il avait quinze ans. Dans les familles du reste du pays, à cet âge les enfants vont à la piscine, ils prennent des cours de danse. Pas chez nous. Le seigneur n'oubliera pas que cette erreur a été commise par un jeune garçon de quinze ans. Si, dans le sud du pays, avoir quinze ans suffit pour pouvoir travailler, et pour voler, pour tuer ou pour être tué, alors cet âgé suffit aussi pour accepter la responsabilité de tels actes."
Puis il a reniflé bruyamment l'air vicié de l'église : "Mais quinze ans, c'est si peu qu'il est plus facile de voir ce qu'un tel âge représente de comprendre que les responsabilités sont partagées. Un âge qui interpelle la conscience de ceux qui parlent sans cesse de légalité, de travail, d'engagement. Il ne frappe pas à la porte mais griffe de toute ses forces." A ces mots je me revoyais jeune, et déjà meurtrier.

Le prêtre a conclu son homélie. Personne n'a tout à fais compris ce qu'il voulait dire, il n'y avait aucun représentant des autorités ou des institutions. Le tapage fais par les gamins a encore augmenté. Le cercueil a quitté l'église, porté par quatre hommes, mais soudain il a cessé de peser sur leurs épaules et s'est mis à flotter sur la foule. Tout le soutenaient avec la paume de leurs mains comme on le fait lorsque des vedettes de rock se jettent parmi les spectateurs. Le cercueil oscillait sur une mer de doigts. Un cortège de jeunes à moto s'est déployé près du long corbillard qui devait transporter Esteban au cimetière. Ils accéléraient, puis freinaient. Le vrombissement des moteurs était le choeur qui accompagné le jeune durant ce dernier voyage. A toute vitesse, faisant pétarader les pots d'échappement. Comme s'ils avaient voulu l'escorter à moto jusqu'aux portes de la mort. Très vite, une épaisse fumée et une puanteur d'essence ont envahi l'air et imprégné les vêtements.

J'étais rentré, fatigué, dans ma petite chambre d'étudiant, j'allumais la télévision, écoutant les médias qui annonçait les nouvelles concernant la guerre civile et la rébellion du FMLN, j'avais encore ces images d'horreur, mes parents assassinés devant mes petits yeux enfantins. Je faisais couler un bain, pour faire fuir ses idéologies qui m'avait traumatisé. Mon visage sale, abordant plusieurs tatouages sur la crâne, sous les yeux, sur le corps entier, j'avais offert mon corp à la Mara Salvatrucha, dès mon plus jeune âge.

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Re: The road to hatred, premier paragraphe.

Message par Dominic le Sam 24 Aoû 2013 - 20:59

Très bonne histoire, il manque juste un peu de présentation, mais après tout. On est là pour découvrir une histoire Wink

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Re: The road to hatred, premier paragraphe.

Message par Warren South. le Dim 25 Aoû 2013 - 19:28

Mmh. J'ai déjà vue se BackGround dans un autres Servers ....

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Re: The road to hatred, premier paragraphe.

Message par Deadeye le Dim 25 Aoû 2013 - 19:34

Warren South a écrit:
Mmh. J'ai déjà vue se BackGround dans un autres Servers ....
Peut-être la même personne ? Dans le doute, envoie-moi le lien du fameux "même" background de l'autre serveur.

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Re: The road to hatred, premier paragraphe.

Message par Dominic le Dim 25 Aoû 2013 - 19:36

http://www.amazon.fr/Gomorra-lempire-camorra-Roberto-Saviano/dp/2070379868


Véritable copié/collé.

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Re: The road to hatred, premier paragraphe.

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